Publié le 21 mai 2024

La présence massive de baleines à Tadoussac n’est pas un hasard, mais le résultat d’une « plomberie » sous-marine unique au monde qui en fait un exceptionnel garde-manger.

  • Un profond canyon sous-marin, le chenal Laurentien, agit comme un entonnoir naturel.
  • Le jeu des marées et des courants y provoque une puissante remontée d’eaux froides (upwelling), concentrant des tonnes de krill.

Recommandation : Avant toute excursion, comprendre ce mécanisme transforme une simple observation en une véritable leçon de biologie marine, décuplant la richesse de l’expérience.

Chaque année, des milliers de voyageurs convergent vers Tadoussac avec une question en tête : où sont les baleines ? La réputation de la région n’est plus à faire, et l’on s’attend presque à voir surgir un dos de rorqual à la simple mention de son nom. On entend souvent des explications simples : la rencontre de l’eau douce du Saguenay et de l’eau salée du Saint-Laurent, ou la profondeur des eaux. Si ces éléments jouent un rôle, ils ne sont que la partie visible d’un phénomène océanographique d’une complexité et d’une puissance fascinantes. Le véritable secret de ce spectacle grandiose ne se trouve pas à la surface, mais dans la topographie invisible des fonds marins et la danse incessante des courants.

L’abondance de vie dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent n’est pas un heureux hasard, mais la conséquence directe d’une mécanique sous-marine d’une efficacité redoutable. Imaginez un gigantesque moteur invisible qui, jour après jour, pompe et concentre la nourriture au même endroit. Cet article vous propose de plonger sous la surface pour comprendre cette ingénierie naturelle. Nous allons délaisser les platitudes pour explorer le « pourquoi du comment » : comment un canyon sous-marin et des courants puissants créent le plus grand buffet à volonté pour cétacés de l’Atlantique Nord-Ouest. Comprendre cette mécanique, c’est passer du statut de simple spectateur à celui d’explorateur averti, capable d’apprécier la fragilité et la perfection de cet écosystème unique.

Afin de naviguer à travers les différentes facettes de ce garde-manger exceptionnel, cet article explore en détail les acteurs et les mécanismes qui le composent. Du plus petit crustacé au plus grand mammifère, chaque élément a son importance pour maintenir cet équilibre prodigieux.

Rorqual, béluga, marsouin : le guide visuel pour enfin reconnaître les cétacés du Saint-Laurent

L’extraordinaire richesse du parc marin se traduit par une diversité de convives tout aussi impressionnante. Ce n’est pas une ou deux espèces qui profitent de ce buffet, mais une assemblée de géants. Selon les données officielles, plus de 13 espèces de cétacés fréquentent ces eaux, faisant du parc l’un des meilleurs sites d’observation au monde. Parmi elles, six sont plus régulièrement observées, chacune avec ses caractéristiques propres qui permettent de les identifier, même de loin.

Apprendre à les distinguer transforme radicalement l’expérience d’une sortie en mer. Un souffle lointain, la forme d’une nageoire ou la manière de plonger deviennent des indices précieux. Le majestueux rorqual bleu, plus grand animal de la planète, se signale par un souffle vertical et puissant, visible de très loin. Le rorqual commun, à peine plus petit, est un véritable sprinteur des mers. Le rorqual à bosse, lui, est l’acrobate du groupe, offrant souvent le spectacle de sa queue (caudale) majestueuse avant de sonder les profondeurs. Plus discret, le petit rorqual, de la taille d’un autobus scolaire, fend les flots à grande vitesse. Enfin, les plus petites baleines du parc, le marsouin commun et l’emblématique béluga, offrent des spectacles différents : le premier, rapide et fuyant, se déplace en groupe, tandis que le second, d’un blanc immaculé, est le résident permanent de l’estuaire.

Pour vous aider à devenir un observateur aguerri, voici les signes distinctifs des espèces les plus fréquentes :

  • Rorqual bleu : Jusqu’à 26 mètres, dos gris pâle tacheté, souffle très haut et droit.
  • Rorqual commun : Dos sombre, flanc droit avec une mâchoire blanche distinctive, souffle conique.
  • Rorqual à bosse : Environ 15 mètres, longues nageoires pectorales blanches, montre souvent sa queue en plongeant.
  • Petit rorqual : De 8 à 10 mètres, dos noir, nageoire dorsale falciforme bien visible.
  • Béluga : Adulte d’un blanc pur, 3 à 5 mètres, pas de nageoire dorsale mais une crête.
  • Marsouin commun : Moins de 2 mètres, dos gris foncé, nageoire dorsale triangulaire, souvent en petits groupes rapides.

Savoir qui l’on observe permet de mieux comprendre les comportements liés à la quête de nourriture, le cœur battant de l’écosystème du parc.

Le krill : la minuscule crevette qui nourrit les plus grands animaux de la planète

Si les baleines sont les stars du Saint-Laurent, le véritable moteur de l’écosystème est une créature qui tient dans le creux de la main : le krill. Ce petit crustacé, semblable à une crevette, forme des essaims si denses qu’ils colorent parfois l’eau en rose. C’est cette concentration phénoménale de nourriture qui attire et retient les grands rorquals dans l’estuaire. Et ce n’est pas n’importe quelle concentration : des études scientifiques ont révélé que l’estuaire abrite la plus riche agrégation de krill documentée pour tout le nord-ouest de l’Atlantique. Mais comment une telle masse de nourriture se retrouve-t-elle piégée ici ?

La réponse se trouve sous l’eau, dans la topographie unique du fond marin. Le fleuve Saint-Laurent n’est pas un cours d’eau au fond plat ; il est creusé par un immense canyon sous-marin appelé le chenal Laurentien. À la hauteur de Tadoussac, la tête de ce chenal remonte brusquement de plus de 300 mètres de profondeur vers des hauts-fonds. Cet obstacle sous-marin force les courants profonds et salés, chargés de nutriments et de krill provenant du golfe, à remonter violemment vers la surface. C’est le phénomène de la remontée d’eau, ou « upwelling ».

Ce mécanisme, combiné au jeu des marées, agit comme une pompe et un piège. Le krill adulte, qui vit en profondeur, est transporté par les courants de fond et se retrouve bloqué et concentré contre ce « mur » sous-marin. Les baleines n’ont plus qu’à se servir dans ce garde-manger naturel qui se remplit constamment. Le Dr Yvan Simard de Pêches et Océans Canada a démontré que ce cycle est si efficace que les plus grandes concentrations de krill se produisent en hiver, assurant une source de nourriture même durant la saison froide.

Avant de prendre le large, la visite incontournable pour tout comprendre sur les baleines

Avant même de mettre un pied sur un bateau, il existe une étape essentielle pour transformer votre excursion en une expérience réellement enrichissante : la visite du Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) à Tadoussac. Loin d’être un simple musée, c’est le quartier général de la recherche et de l’éducation sur les cétacés du Saint-Laurent, géré par le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM). Ce n’est pas un hasard si ce lieu, qui présente la plus grande collection de squelettes de baleines du Canada, accueille plus de 35 000 visiteurs chaque été.

Entrer au CIMM, c’est comme accéder aux coulisses du grand spectacle qui se joue au large. Face à un squelette de rorqual de 15 mètres, on prend réellement conscience de la taille de ces géants. Des naturalistes passionnés sont sur place pour répondre à toutes les questions, des plus simples aux plus pointues. C’est l’occasion parfaite pour apprendre à différencier le souffle d’un rorqual à bosse de celui d’un rorqual commun, ou pour écouter les chants complexes des baleines grâce à des enregistrements. Parfois, la magie opère même depuis la rive : il n’est pas rare d’apercevoir un béluga nager juste devant le centre.

Mais la visite peut aller au-delà de la simple acquisition de connaissances. Le CIMM et d’autres organismes comme le Réseau d’observation de mammifères marins (ROMM) vous invitent à devenir un acteur de la conservation. En participant à la science citoyenne, votre propre observation peut contribuer à la recherche. C’est une façon concrète de rendre votre passage significatif.

Devenez un acteur de la science citoyenne : votre plan d’action

  1. Télécharger l’application : Installez Vigie marine, l’application du ROMM, pour signaler vos observations de mammifères marins.
  2. Photographier : Prenez des photos des nageoires dorsales et des queues de baleines. Ces clichés aident les chercheurs à la photo-identification et au suivi des individus.
  3. Noter les détails : Relevez l’heure, le lieu précis et le comportement des animaux (alimentation, saut, repos).
  4. Signaler les bélugas : Chaque signalement de béluga via l’application alimente directement les bases de données du GREMM pour le suivi de cette espèce menacée.
  5. Écouter l’océan : Connectez-vous aux hydrophones publics du CIMM ou du Cap-de-Bon-Désir pour écouter en temps réel le paysage sonore sous-marin du Saint-Laurent.

Voir des baleines à Tadoussac : est-ce vraiment garanti à 100 % ?

C’est la question que se posent tous les visiteurs : suis-je certain de voir des baleines ? La réponse, nuancée et honnête, est que rien n’est jamais garanti à 100 % avec des animaux sauvages dans un environnement aussi vaste. Le fleuve Saint-Laurent fait 25 kilomètres de large à Tadoussac ! Cependant, la probabilité est extrêmement élevée. Durant la saison estivale, les chances d’apercevoir au moins une baleine sont quasi-certaines, de mai à octobre. C’est ce qui fait la renommée mondiale du site. Comme le disent les guides naturalistes avec un clin d’œil : « C’est presque garanti. » Il est rarissime de revenir d’une excursion sans la moindre observation.

Toutefois, l’expérience peut varier énormément d’un jour à l’autre. Un jour, les rorquals à bosse offrent un ballet acrobatique ; le lendemain, seuls quelques dos discrets de petits rorquals fendent la surface. Plusieurs facteurs influencent la présence et le comportement des baleines, notamment les marées. Celles-ci agissent comme un chef d’orchestre, dictant le mouvement des proies. Une étude de cas fascinante montre que les marées influencent directement la distribution de la nourriture.

L’influence des marées sur l’observation des baleines

Les recherches ont démontré que les mouvements des proies sont liés aux marées. Par exemple, le capelan, un petit poisson très prisé, tend à former de grands bancs à marée haute. C’est durant cette période que les rorquals communs sont plus fréquemment observés, profitant de ce rassemblement. À l’inverse, les bélugas du fjord utilisent la marée montante pour remonter sans effort vers la baie Sainte-Marguerite. Le krill, quant à lui, remonte en surface la nuit. Si les marées sont un facteur, elles ne sont pas une science exacte pour prédire l’observation, car les baleines restent imprévisibles.

Et si les grands cétacés se font discrets ? Pas de panique, le spectacle de la vie marine ne s’arrête pas là. Le parc marin regorge d’autres merveilles à observer. Gardez l’œil ouvert pour les phoques communs se prélassant sur les rochers, les colonies de Fous de Bassan plongeant en piqué à des vitesses vertigineuses, ou encore le charmant macareux moine et son bec coloré. L’observation depuis les sites terrestres comme le Cap-de-Bon-Désir offre aussi une perspective différente et tout aussi magique.

Le bruit des bateaux : la menace invisible qui pèse sur les baleines du Saint-Laurent

L’incroyable popularité du parc marin a un revers : une forte concentration de trafic maritime. Bateaux d’excursion, kayaks, navires de plaisance et cargos commerciaux partagent les mêmes eaux que les cétacés. Pour ces animaux, qui dépendent de leur ouïe pour communiquer, se repérer et chasser, ce vacarme constant est une menace sérieuse et invisible. La pollution sonore sous-marine est l’un des plus grands défis pour la conservation des baleines du Saint-Laurent. Le son voyage en effet cinq fois plus vite et plus loin dans l’eau que dans l’air. Un moteur de bateau peut masquer les appels vitaux entre une mère béluga et son petit, augmentant le risque de séparation.

Conscientes de cet enjeu, les autorités canadiennes ont mis en place une réglementation stricte. Le Règlement sur les mammifères marins, mis à jour, impose des distances d’approche claires pour protéger les animaux. Pour le béluga, espèce en voie de disparition, une distance minimale de 400 mètres doit être respectée par toute embarcation. Pour les autres baleines, comme les rorquals, cette distance est de 200 mètres. Ces zones tampons sont cruciales pour réduire le stress et les perturbations.

Cependant, tous les bruits ne sont pas égaux, et une étude a révélé des détails surprenants sur leur impact. Il est facile de pointer du doigt les bateaux d’observation, mais ils ne sont pas forcément les plus grands coupables pour toutes les espèces.

Porte-conteneurs vs Zodiacs : qui fait le plus de bruit ?

Une étude menée par McQuinn et ses collaborateurs a comparé l’impact sonore de différents types de navires. Les résultats sont contre-intuitifs. Les gros porte-conteneurs de la Voie maritime émettent un son très puissant, mais dans des basses fréquences. Or, l’ouïe du béluga est moins sensible dans cette gamme. En revanche, les bateaux pneumatiques (Zodiacs) utilisés pour l’observation émettent leur bruit dans les fréquences moyennes, précisément là où l’audition des bélugas est la plus fine. Ainsi, même si le trafic commercial global est le plus bruyant, les bateaux d’excursion peuvent avoir un impact direct et aigu sur la communication des bélugas. Cela souligne l’importance pour les opérateurs d’adopter des pratiques de navigation les plus silencieuses possible.

Le défi est de concilier l’émerveillement du public avec la quiétude nécessaire à la survie de ces animaux. Choisir des opérateurs responsables et respecter les règles est la première étape pour faire partie de la solution, et non du problème.

Observer les baleines et les ours sans les déranger : les règles d’or de l’explorateur responsable

Face aux menaces comme le bruit et le dérangement, la notion de tourisme responsable prend tout son sens dans le parc marin. Comment être un observateur émerveillé sans devenir un perturbateur ? Heureusement, des initiatives exemplaires ont vu le jour pour guider les visiteurs et les opérateurs. La plus notable est l’Alliance Éco-Baleine, une initiative volontaire créée en juin 2011 qui rassemble les entreprises d’excursion engagées à respecter les plus hauts standards de pratique écoresponsable.

Choisir un membre de l’Alliance Éco-Baleine, c’est s’assurer que son capitaine est formé et engagé à minimiser l’impact de sa présence. Ces opérateurs vont au-delà de la simple réglementation, en adoptant une approche de navigation précautionneuse et en participant activement à la sensibilisation des passagers. Ils s’engagent à suivre un code d’éthique strict, qui représente la référence en matière d’observation durable.

Les engagements de ces capitaines responsables sont un excellent guide pour tout explorateur souhaitant observer la faune, que ce soit en mer ou sur terre :

  • Respecter les distances réglementaires : 400 m pour le béluga, 200 m pour les autres cétacés, et même plus si l’animal semble agité.
  • Modérer sa vitesse : Maintenir une vitesse lente et constante (entre 5 et 10 nœuds) en zone d’observation.
  • Protéger les familles : Ne jamais couper la route d’un groupe ou s’interposer entre une mère et son petit.
  • Limiter le temps : Ne pas passer plus de 30 minutes avec le même groupe d’animaux pour minimiser le dérangement.
  • Naviguer intelligemment : Aborder les animaux par le côté et parallèlement à leur trajectoire, jamais de face ou par l’arrière.
  • Signaler les urgences : Contacter immédiatement le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins au 1-877-7baleine si un animal est aperçu en difficulté.

Votre feuille de route pour une observation mémorable et respectueuse

  1. Points de contact : Avant le départ, repérez les sites d’observation terrestre (comme le Cap-de-Bon-Désir) et les opérateurs certifiés par l’Alliance Éco-Baleine.
  2. Collecte : Préparez-vous à noter l’heure, le lieu et les comportements observés. Cela enrichit votre expérience personnelle et peut servir à la science citoyenne.
  3. Cohérence : Pendant l’observation, confrontez en temps réel votre distance et l’approche du bateau aux règles du parc marin. Questionnez les pratiques si nécessaire.
  4. Mémorabilité/émotion : Privilégiez la qualité d’une observation silencieuse et respectueuse au simple « comptage » d’espèces ou à la recherche de la photo parfaite.
  5. Plan d’intégration : Après votre retour, partagez vos meilleures photos et vos données d’observation via des plateformes comme Vigie marine pour contribuer à la connaissance collective.

Le béluga : l’habitant le plus précieux du fjord et comment l’apercevoir sans le déranger

Parmi tous les géants qui visitent l’estuaire, un seul y a élu domicile à l’année : le béluga. Cette population résidente, isolée génétiquement de ses cousins de l’Arctique, est un véritable trésor national, mais un trésor fragile. Autrefois chassé, aujourd’hui menacé par la pollution, le bruit et le réchauffement climatique, le béluga du Saint-Laurent est classé « en voie de disparition ». La dernière mise à jour de Pêches et Océans Canada estime que la population compte entre 1530 et 2200 individus, un chiffre qui souligne l’urgence de sa protection.

Une grande partie des efforts de conservation se concentre sur la protection de son habitat essentiel. La baie Sainte-Marguerite, dans le fjord du Saguenay, est considérée comme la « pouponnière » des bélugas. C’est ici que les femelles viennent mettre bas et élever leurs petits dans des eaux plus calmes et plus chaudes. Pour leur garantir cette quiétude, la baie est interdite à toute navigation du 21 juin au 21 septembre. Cette mesure est cruciale car les jeunes bélugas, qui naissent gris-brun, sont particulièrement vulnérables.

Le béluga n’est pas seulement un emblème ; il est aussi un bio-indicateur de la santé de tout l’écosystème. Sa position au sommet de la chaîne alimentaire et sa résidence permanente en font une sentinelle de la contamination environnementale.

Le béluga, baromètre de la contamination du Saint-Laurent

Pendant des décennies, des polluants comme les BPC et le DDT, provenant du bassin industriel des Grands Lacs, se sont déversés dans le fleuve. En se nourrissant, le béluga accumule ces contaminants dans ses graisses. L’analyse des carcasses de bélugas échoués est devenue une source d’information scientifique de première importance. Elle a permis de dresser un portrait de la pollution de tout le bassin hydrographique en amont, faisant du béluga un indicateur clé de la santé du système Saint-Laurent–Grands Lacs. Chaque béluga est, en quelque sorte, une archive vivante de notre impact sur l’environnement.

Heureusement, il est possible d’observer ces fascinants « canaris des mers » sans les déranger. L’observation terrestre est la méthode la plus respectueuse et souvent la plus gratifiante. Plusieurs sites offrent des points de vue exceptionnels :

  • Baie Sainte-Marguerite : Le belvédère du parc national du Fjord-du-Saguenay surplombe la pouponnière.
  • Pointe-Noire : Ce centre d’interprétation de Parcs Canada offre un panorama sur l’embouchure du fjord.
  • Cap-de-Bon-Désir : Aux Bergeronnes, ce site est réputé pour l’observation depuis les rochers, avec des naturalistes pour vous guider.
  • Devant le CIMM à Tadoussac : Avec un peu de patience et de bonnes jumelles, on peut voir des groupes passer au large.

À retenir

  • Le secret du garde-manger de Tadoussac réside dans la remontée d’eau froide (upwelling) causée par le chenal Laurentien, qui concentre le krill.
  • L’observation de 13 espèces de cétacés est possible, mais le béluga, résident permanent, est une espèce en voie de disparition particulièrement sensible au dérangement.
  • Le tourisme responsable, via le choix d’opérateurs certifiés et l’observation terrestre, est essentiel pour concilier découverte et conservation.

Au-delà des cétacés : quand la forêt et le fleuve se rencontrent

Si les baleines sont les reines du fleuve, les terres qui l’entourent abritent d’autres seigneurs tout aussi impressionnants. La richesse du parc marin ne se limite pas à ses eaux ; elle est intimement liée à la forêt boréale qui borde le fjord et l’estuaire. Cette zone de transition est le théâtre de fascinantes interactions écologiques, où la faune terrestre vient littéralement profiter du garde-manger marin. L’exemple le plus spectaculaire est celui de l’ours noir.

Loin de se contenter de baies et de racines, l’ours noir du Saguenay a un régime alimentaire surprenant. Il a appris à profiter du rythme des marées. À marée basse, il descend sur les berges du fjord pour se nourrir de mollusques et de crustacés, laissant ses empreintes sur le sable à côté de celles des oiseaux de rivage. Cette adaptation crée un pont écologique direct entre la forêt et la mer. Des sites d’observation sécuritaires, comme le Domaine de l’ours noir, permettent d’assister à ce spectacle avec des chances d’observation de plus de 95% dans la forêt boréale environnante.

Ce lien terre-mer souligne la richesse de la biodiversité québécoise, mais aussi sa fragilité. Comme le souligne le Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent, plusieurs espèces emblématiques sont en danger. Le caribou de la Gaspésie, par exemple, a vu sa population chuter de manière dramatique, passant d’environ 150 individus en 2010 à une estimation de 25 en 2023. Chaque espèce, qu’elle vive dans l’eau, sur terre ou dans les airs, fait partie d’un réseau complexe. La santé de la population de bélugas est aussi dépendante de la propreté des rivières qui se jettent dans le fleuve que de la quiétude de ses baies.

L’expérience d’un voyage à Tadoussac est donc double : c’est une immersion dans un écosystème marin de classe mondiale, mais aussi une fenêtre sur la grande faune de la forêt québécoise. Comprendre ces liens, c’est réaliser que la protection du Saint-Laurent est indissociable de celle des terres qui l’alimentent. Observer un ours sur la grève ou un phoque sur un rocher, c’est être témoin de la vitalité de cet écosystème interconnecté.

Fort de cette compréhension, votre prochaine excursion ne sera plus une simple sortie en mer, mais une immersion consciente au cœur de l’un des écosystèmes les plus fascinants de la planète. Planifiez votre visite et devenez un témoin privilégié et respectueux de la magie du Saint-Laurent.

Rédigé par Mathieu Gagnon, Mathieu Gagnon est un guide de plein air et biologiste de formation, avec 20 ans d'expérience à parcourir les parcs et réserves fauniques du Québec. Son expertise se concentre sur l'observation responsable de la faune et la pratique sécuritaire des activités en nature.